Charnier (nom masculin, subst. masculin)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Nom masculin 

XII e siècle. Du latin carnarium, « endroit où l'on conserve la viande, boucherie », qui a pris de bonne heure le sens de « cimetière, dépôt d'ossements ».
1. Anciennt. Lieu couvert où l'on déposait les ossements des morts. Le des Innocents.
2. Fosse où l'on entasse des cadavres. On a découvert un renfermant des centaines de corps. Par anal. Lieu couvert de nombreux cadavres. Le champ de bataille était un vrai .


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Nom masculin 

Cimetière ou aussi Lieu couvert où l'on déposait les ossements des morts. "Le des Innocents."
Il signifie par analogie Endroit où gisent de nombreux cadavres. "Le champ de bataille était un vrai ."



1ère définition d'Emile Littré

Subst. masculin 



 1   Endroit où l'on garde les viandes salées et, en général, toute espèce de viandes.
A. CHÉNIER: « Mille autres moutons comme moi, Pendus aux crocs sanglants du populaire, Seront servis au peuple-roi »

 2   Dans le langage des chasseurs, gibecière. On dit beaucoup plus souvent carnier.

 3   Cimetière, lieu où les corps morts sont déposés : sens aujourd'hui tombé en désuétude.
VOLT.: « On me jettera dans les s Saint-Innocent et on ne mettra sur ma fosse qu'une croix de bois »
    Galerie autour des églises à Paris, où l'on donnait la communion aux grandes fêtes.

 4   Dépôt des os exhumés des s ou cimetières.
    La pile même des ossements.

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. CCVIII: En un carnel comandez qu'on les port [porte]
     ib. CCIX: Ad un carner sempres [ils] les ont portet
    XIIème siècle
     Ronc. p. 156: À pieux agus [ils] font les charners [fosse mortuaire] ouvrir
    XIIIème siècle
     Ch. d'Ant. VI, 1085: Et no franc crestien (que Jhesus puist sauver) Ont fait tous Antioche des mors Turs delivrer ; Ens es carniers defors les alerent jeter
     Proverbes du vilain, ms. dans LACURNE: Bacons [jambon] mal salés En empire, A dist li vilains
    XIVème siècle
     Ménagier, III, 2: Le des esperviers est fait sur un arbre qui a regart à leur aire, et est aussi comme au trait d'un arc de leur dit aire
    XVème siècle
FENIN: « Loys de Luxembourg fist faire en la place où la bataille avoit esté, pluseurs carniers, et puis fist assembler tous les mors »
VILLON: « Quand je considere ces testes Entassées en ces s, Tous furent maistres des requestes, Au moins de la chambre aux deniers »
MATHIEU DE COUCY: « Après que les tuez eurent esté mis en terre en de grands s »
    XVIème siècle
AMYOT: « Et non gueres loing de là est le , auquel furent enterrez les corps des Macedoniens qui moururent en la bataille »
CARL.: « Deux s [caisses de chair], l'un plein de venaison de cerf, l'aultre de sanglier »
O. DE SERRES: « Cuisine accompagnée de tous ses offices ; assavoir, , boulengerie, fournil, serre-pain.... »
O. DE SERRES: « Plus rare est le rencontre du bon , que du bon grenier et de la bonne cave, s'en treuvant peu où les chairs de pourceau, mesme les lards, ne s'enrancissent »

ÉTYMOLOGIE
    Bourguig. chanier ; provenç. carnier ; espagn. carnero ; portug. carneiro ; ital. carnajo ; de carnarium, du latin caro, carnis, chair (voy. CHAIR).


2ème définition d'Emile Littré

Subst. masculin 



 1   Terme de marine. Jarre où se met l'eau pour la consommation journalière de l'équipage.

 2   Terme de pêche. Cuve où l'on met l'huile tirée des foies de morue. On dit aussi foassier.

ÉTYMOLOGIE
    Charnier 1 ; ainsi nommé à cause qu'autrefois un garde-manger y était joint où les matelots serraient ce qu'ils gardaient d'un repas pour l'autre sur leurs rations de viande.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE 3. CHARNIER (char-nié), s. m. Nom, dans quelques provinces, de l'échalas.
     Gaz. des Trib. (cour d'assises du Loiret), 1er nov. 1874, p. 1048, 4e col.: L'accusé nie ce fait, et prétend que c'est au contraire M.... [un vigneron qui voulait empêcher l'accusé de chasser dans sa vigne] qui l'a frappé d'un coup de

ÉTYMOLOGIE
    Le bas-lat. a carratium, d'où vient échalas (voy. ce mot). Mais en vient-il aussi ? Carratium n'explique pas l'n. Peut-être faut-il recourir au bas-lat. quarnellus, objet taillé en carré (voy. CRENEAU).


Signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Subst. masculin 


Lieu où l'on garde les viandes salées.
Il se dit aussi d'Un lieu couvert où l'on met les ossements des morts. On disait autrefois, dans ce sens, "Les s des Saints-Innocents, des Innocents," ou simplement, "Les s. Les écrivains publics se tenaient la plupart près des s."



Ancienne définition de 1798 (Académie Française)



CHARNIER, s. m. Le lieu où l'on garde des viandes salées.
Il se dit aussi d'Un-lieu couvert où l'on met les ossemens des morts. On disoit autrefois, "Les s des Saints-Innocens".



1ère signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)



Lieu couvert, qui est auprès ou autour des Églises Paroissiales, où l'on met les os des morts. "Les Charniers des Saints Innocens," (& populairement, "de Saint Innocent.")
Aujourd'hui on appelle "Charnier," Une galerie autour des Églises Paroissiales, où l'on donne la Communion les jours de grandes Fêtes. "Communier sous les Charniers de la Paroisse."



2ème signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)



se dit encore du lieu où l'on garde des chairs salées.



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Subst. masculin 

["Char-nié;" 2e "é" fer. dout.] Lieu couvert, qui est auprès ou autour de quelques Églises paroissiales, où l'on met les ôs des morts.
- Aujourd'hui on apèle "Charniers", une galerie autour des Églises paroissiales, où l'on done la Communion les jours de grandes Fêtes. "Acad." Ce mot, dans l'un et l' aûtre sens, n'est guère d'usage qu'à Paris.



Signification éditée en 1694 (selon l'Académie Française)

Subst. masculin 


Lieu couvert, Qui est auprés ou autour des Eglises & où l'on enterre les Trespassez; comme, "Les s de Saint Innocent. communier sous les s de la Paroisse".




Emplacement dans le dictionnaire :

charmé
charme
charmer
charmeur
charmille
charmoie
charnel
charnellement
charneux

charniere
charnière
charnon
charnu
charnure
charogne
charogneux
charon
charpente
charpenté
charpenter




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Eugène VOGÜÉ (Les Morts qui parlent)

...vous lui offriez autre chose que la servitude dans les ruines ! Vous n'avez rien d'autre à offrir ! Votre monde est mort, et vous voudriez qu'il créât de nouveaux mondes ! Mais regardez-le donc, ce charnier d'où vous prétendez tirer la vie pour d'autres, regardez ce que vous en avez fait, regardez-vous ! ... et il s'acharna au noir tableau de ce monde qu'il vouait à la destruction : non plus avec la...


Citation n°2 de Albert SAMAIN (Le Chariot d'or)

...des anciens jours. Ii musique-encens-parfums..., poisons..., littérature ! ... les fleurs vibrent dans les jardins effervescents ; et l'androgyne aux grands yeux verts phosphorescents fleurit au charnier d'or d'un monde en pourriture. Aux apostats du sexe, elle apporte en pâture, sous sa robe d'or vert aux joyaux bruissants, sa chair de vierge acide et ses spasmes grinçants et sa volupté maigre...


Citation n°3 de Émile ZOLA (La Débâcle)

...On apportait, on remportait les opérés, dans un va-et-vient rapide, à peine le temps de donner un coup d'éponge sur la toile cirée. Et, au bout de la pelouse, derrière un massif de cytises, dans le charnier qu'on avait dû établir et où l'on se débarrassait des morts, on allait jeter aussi les jambes et les bras coupés, tous les débris de chair et d'os restés sur les tables. Assises au pied d'un des...


Citation n°4 de Émile ZOLA (La Débâcle)

...terreuse, les yeux ouverts. -dites donc, mais il est mort, celui-là ! -tiens ! C'est vrai, murmura un infirmier. Pas la peine qu'il encombre ! Lui et un camarade prirent le corps, l'emportèrent au charnier qu'on avait établi derrière les cytises. Une douzaine de morts, déjà, s'y trouvaient rangés, raidis dans le dernier râle, les uns les pieds étirés, comme allongés par la souffrance, les autres déjeté...


Citation n°5 de Émile ZOLA (La Débâcle)

...à voir le laissez-passer. Alors, ce fut une marche folle. Entre deux nuages, le soleil apparut un instant, déjà bas sur l'horizon. Est-ce que la nuit allait tomber et les surprendre, dans ce charnier sans fin ? Une nouvelle averse noya le soleil, il ne resta autour d'eux que l'infini blafard de la pluie, une poussière d'eau qui effaçait tout, les routes, les champs, les arbres. Lui, ne savait...


Autres Recherches
Synonymes
Conjugaisons
Synonymes : cliquez ici

Usage du mot

Ce graphique vous montre la manière dont ce mot a été utilisé à travers les âges.


Accès direct à ptidico.com: cliquez ici...